On peut se laisser séduire par les couleurs, la lumière et l’apparente joie de vivre qui transparaissent souvent au travers des œuvres de Slimane. Il est vrai que les grands à-plats de terre ocre et de soleil, les surfaces ensablées, les figures en relief rehaussées d’un trait d’enlumineur, tout comme les longues histoires racontées au clair de lune, nous donnent de quoi rêver. Mais derrière ce charme et une invention débordante, se cachent une incontestable gravité, une conscience aiguë des injustices, des déceptions et des désirs inassouvis. Comme le firent les plus grands maîtres avant, l’artiste traite, au travers d’une palette chatoyante, les questions essentielles qui rythment nos vies et qui nous hantent. On y parle d’Histoire interrompue, de racines coupées, du soleil qui manque, des mirages qui ont disparu… Derrière le voile, il y a le corps désiré, et dans la gouttière, les chats indomptables et, du haut de la colonne, l’artiste dénombre une à une chaque cellule de l’essaim qui s’active, croit-on, en silence, mais dont le bourdonnement se perçoit au fur et à mesure que l’on approche.
Christian Gendron
Conservateur des musées de Niort