top of page
Logo_Le_Journal_des_arts.svg.png

19 mars 2026

Anne-Cécile Sanchez

Lancé il y a près de vingt ans, le Salon du dessin contemporain conserve son format initial et son caractère séduisant tout en faisant légèrement évoluer sa formule.

Paris. Le dessin contemporain a sa saison – née à Marseille dans le sillage du salon Paréidolie –, son festival, dont la 4e édition se tiendra à Arles à la mi-avril, et sa foire : la 19e édition de Drawing Now Paris s’apprête à ouvrir ses portes au Carreau du Temple. La longévité de cette manifestation tout comme la démultiplication des événements consacrés à ce médium traduisent, de la part du public et des artistes, un intérêt qui ne se dément pas. La vitalité créative du dessin est l’une des clefs de Drawing Now : les 300 artistes présentés illustrent la grande diversité des approches actuelles, dans les matériaux utilisés – papier, carton, bois, grès émaillé, pâte de verre, céramique, tirage argentique gravé à la pointe sèche… – ou techniques employées : crayons de couleur, aquarelle, encre, mais aussi carte à gratter, couture, corde et même fumée chez Roman Moriceau (Archiraar Gallery, Ixelles, Belgique) ou sel, chez Yann Bagot (Berthet-Aittouarès, Paris). Le geste graphique se déploie pour certains artistes au-delà des usages traditionnels, jusqu’à conférer au dessin une dimension plastique. C’est le cas des oxydations de Lionel Sabatté (Galerie C, Paris, [voir ill.]) ou des colonnes monumentales que Chloé Vanderstraeten, nommée pour le prix Drawing Now 2026, façonne en faisant appel au patronage et à l’art du pli (Traits Libres, Paris).

Un noyau de fidèles

La fidélité d’un noyau dur de marchands établis est un autre ingrédient du succès de ce rendez-vous. Parmi les 71 galeries que réunit cette édition, plusieurs sont en effet des habituées, comme Alain Gutharc, Lelong, Maubert, Nathalie Obadia, Papillon, Templon, ou encore la Galerie Martel (Paris), l’une des rares, avec Huberty & Breyne (Bruxelles, Paris), à mettre en avant des artistes venus de la bande dessinée.

Semiose (Paris), absente l’an dernier mais qui participe depuis 2013, est placée dans l’entrée de la foire avec un solo show de l’artiste Pieter Jennes tandis qu’Anne-Sarah Benichou (Paris) revient avec notamment un ensemble inédit de Maxime Verdier [voir ill.], nommé pour le prix Drawing Now 2026. Toutes ces galeries se trouvent dans le secteur général, qui regroupe une cinquantaine de stands au rez-de-chaussée.

Le niveau – 1, alloué à l’« avant-garde », est divisé en trois secteurs : « Inception », axé sur l’émergence (des galeries et/ou des artistes) qui regroupe une dizaine d’exposants ; « Process », qui en compte deux de moins et offre un focus sur un projet spécifique ; « Digital », consacré aux hybridations numériques. Ce dernier rassemble les propositions de seulement trois galeries : Analix Forever (Chêne-Bourg, Suisse), qui montre aussi une série d’aquarelles de Laure Tixier sur « Process » ; Chiguer Art contemporain (Canada), également présente sur le secteur général, tout comme Maurits van de Laar.

Les nouvelles venues sont, pour plus de la moitié d’entre elles, basées en France. Une dizaine sont installées à Paris – telles Romero Paprocki et Le Clézio –, quatre en régions, une dernière à La Réunion. Onze galeries étrangères font leur entrée sur le salon. Chiguer Art contemporain a fait le voyage depuis Montréal et présente des artistes inuits tels que Shuvinai Ashoona et Pitseolak Qimirpik ; PDX Contemporary Art vient de Portland (Oregon) avec un solo de D.E. May, dont des maquettes en carton. Cette édition fait une petite place à nos voisins belges, avec trois nouveaux exposants d’Anvers, de Bruxelles et de Liège qui rejoignent Archiraar, un des piliers de la foire. En revanche, la Husk Gallery (Bruxelles), qui avait participé pour la première fois en 2025 avec un solo de Peter Depelchin, dont les prix montaient jusqu’à 30 000 euros, ne revient pas cette année. Sa participation avait pourtant permis à quatre œuvres de Depelchin d’intégrer la collection du Musée Jenisch-Vevey (Suisse).

Des prix abordables

La foire privilégie des prix abordables. Près des deux tiers des galeries affichent ainsi des œuvres à moins de 5 000 euros. Le dernier tiers se situe entre 5 000 et 10 000 euros, les prix supérieurs restant exceptionnels. Le record, autour de 20 000 euros, devrait cette année être atteint par les tapisseries d’Aubusson réalisées par Delphine Gigoux-Martin, chez Claire Gastaud (Paris).

Le comité de sélection a été légèrement renouvelé avec l’arrivée de Claudine Grammont, cheffe du Cabinet d’art graphique du Centre Pompidou, et Jenny Graser, conservatrice au Musée des beaux-arts de Leipzig. Elles rejoignent le consultant en art Christophe Billard et le collectionneur Frédéric de Goldschmidt, aux côtés de Carole Haensler, directrice du Museo Villa dei Cedri à Bellinzone (Suisse), Catherine Hellier du Verneuil, collectionneuse, Pascal Neveux, directeur du Frac Picardie, et Philippe Piguet, critique d’art.

La directrice artistique Joana P. R. Neves est quant à elle la commissaire de l’exposition « Numérique lyrique : les nouvelles origines du dessin », qui souligne le rôle central du dessin dans les nouvelles technologies, avec des œuvres empruntées au Frac Picardie et au Centre national des arts plastiques. Une façon de rester en prise avec le monde.

Myriades2023#04-Tara-Europa--76-x-56-cm---Yann-Bagot--2023.jpg
bottom of page