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octobre 2026
Christian Noorbergen

Zao Wou-Ki - Sans titre, 1975 - encre sur papier - 18,3 x 13,2 cm. ©Bertrand Michau. Court

Zao Wou-Ki, Sans titre, 1975 — Encre sur papier — 18,3 x 13,2 cm© Bertrand Michau

Henri Michaux, La confusion est complète, 1958 Encre de Chine sur papier 56 x 76 cm détour

La confusion est complète 1958 - encre de chine sur papier, 56 x 76 cm. © Bertrand Michau

Avant de devenir l'actuelle Galerie Berthet-Aittouarès, l'ancienne galerie Pierre accueille successivement Henri Michaux en 1938, puis Zao Wou-Ki en 1951. En 1926, dans cette même galerie, Michaux assiste à l'exposition de Paul Klee, il en ressort voûté d'un grand silence et se réconcilie avec la peinture! Avec sa fille Odile, Michèle Aittouarès, pour les 40 ans de leur galerie, réunit ces deux artistes, le Belge de Namur (1899-1984) et le Chinois de Pékin (1920-2013), « dont les œuvres et la personnalité m'ont marquée ». L'actuelle exposition, réalisée en collaboration avec la Fondation Zao Wou-Ki et les Archives Henri Michaux, est essen- tiellement composée d'encres de Chine et d'aquarelles. Elle se construit autour d'un dialogue entre ces deux grands créateurs qui furent longtemps amis, Michaux invitant Pierre Loeb à découvrir les premières lithographies du jeune Chinois en 1947.

 

Un beau catalogue est en préparation avec les signatures de François Michaud, qui a organisé une grande rétrospective de Zao Wou-Ki au Musée d'art moderne en 2018 et 2019, et Catherine Zittoun qui a écrit Zao Wou-Ki, Henri Michaux, une amitié en 2018. Grand voyageur, Michaux a parcouru la Chine entière. Fasciné par les idéogrammes, il écrit sur ce thème comme il écrira sur les lithographies de son ami chinois. C'est lui qui a convaincu Zao, dévasté par la Révolution culturelle, de renouer avec l'encre de Chine... Le vide respirant de l'art de l'Asie antique envoûte Michaux, peintre-poète traduit dans le monde entier. Ses dessins et aquarelles éprouvent le langage par une fulgurante danse de signes, tracés spon- tanés des mouvements de conscience et d'inconscience, en véritable calli- graphie gestuelle, en pure sismogra- phie mentale. Signes, taches, écritures inventent des apparences vibratiles inconnues toujours en apesanteur.

 

L'espace comprend quantité de formes, d'êtres et d'états virtuels. À lui, humble et secret, d'oser les révéler : « Comme moi, la ligne cherche sans savoir ce qu'elle cherche, refuse les immédiates trouvailles, les solutions qui s'offrent, les tentations premières... » Œuvres rapidement créées, avec un ventilateur qui accélère le temps de séchage, mais parfois aussi rapidement déchirées...

 

Zao Wou-Ki, qui n'aime pas les titres, pratique un art fusionnel de la tache et de l'immensité, tandis que la lumière et les ténèbres s'étreignent en profondeur. Plus que d'abstraits paysages, Zao peint une nature intemporelle, distancée et détachée, une nature archaïque où la dimension du ciel serait toujours dominante. Ami de Michaux, donc, mais également d'Edgar Varèse, la poésie et la musique demeurent pour lui deux pôles d'attraction permanents, comme deux soubassements à sa peinture. Autant d'œuvres, autant de fabuleuses tranches d'univers, aérées et toniques, jamais géométrisées, et toujours en mouvements.

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