Enfant pauvre de l’Italie profonde, rien ne prédestinait Mario Giacomelli à devenir un grand nom de la photographie d’après guerre.
Né à Senigallia, village des Marches situé sur l’Adriatique, Giacomelli, orphelin de père, travaille très jeune, dans une petite imprimerie qu’il dirigera ensuite tout au long de sa vie.
Fou d’automobile, après un grave accident, il acquiert son premier appareil photographique en 1953. Il ne cessera dès lors, jusqu’à sa mort, d’en explorer les ressources expressives, exaltant les contrastes du noir et du blanc, solarisant, superposant les négatifs, intervenant directement au tirage. Pour autant, jamais il ne cherche à professionnaliser sa pratique ni à promouvoir sa production.
S’il est reconnu par les grandes institutions, c’est notamment en 1963, grâce à l’initiative de Piero Racanicchi critique d’art à Turin. Celui-ci présente les photographies de Scanno à John Szarkowski qui acquiert l’ensemble et organise une exposition personnelle l’année suivante au Museum of Modern Art de New York.Malgré une reconnaissance internationale, la démarche de Giacomelli est celle d’un indépendant, autodidacte, mû par sa seule nécessité intérieure et qui reste attaché à son village natal et au rythme de la campagne des Marches. En solitaire, il arpente la réalité qui l’entoure et la transfigure, donnant une profondeur aux choses et aux gens sur lesquels son regard se pose. Ancrée dans le quotidien d’une Italie paysanne, son œuvre, à la fois onirique et au plus proche de l’humain, peut évoquer parfois le cinéma des réalisateurs néo-réalistes italiens, ses contemporains ; mais elle s’en détache par son essence graphique et sa fibre symbolique, comme en témoignent les titres que Giacomelli, poète, emprunte aux grands auteurs italiens pour nommer ses différentes thèmes.
Véronique Bouruet-Aubertot.