John Craven, de son vrai nom Louis Conte, naît à Digne dans les Alpes de Haute Provence, le 10 septembre 1912.
A 14 ans, jeune propriétaire d’un lopin de terre, il s’achète, avec le profit de la vente de sa récolte de lavande, son premier appareil photographique. La photographie est une passion familiale qui l’amène à voyager. En 1930, John rejoint à New-York son frère, qui travaille dans les studios cinématographiques. Un job de balayeur lui permet de circuler librement dans les studios. Puis, par hasard, il est témoin d’un incendie qu’il filme. Ces images spectaculaires le font connaître dans le milieu des reporters et on lui offre une place de cameraman aux actualités cinématographiques. Craven débute donc sa carrière par un scoop, révélateur de son tempérament vif, curieux et passionné, à l’image de sa vie professionnelle qu’il engage dans la voie de la multiplicité, l’éclectisme, l’anticonformisme et la liberté d’expression. Une personnalité complexe, à propos duquel François Nourissier écrira: « …c’est un homme difficile à découper en tranches. Tout se tient, tout va ensemble et forme un bloc… un oeil du XXème siècle». Il publie ses premiers clichés dans le magazine Movies Makers. Puis il étend ses activités dans le domaine littéraire en prenant la direction de la Revue de la Pensée Française. 1939, la Seconde Guerre Mondiale éclate. Il quitte les Etats-Unis et s’engage dans la résistance sous le pseudonyme de John Craven. Il est officier de liaison au quartier général des Forces Britanniques en France. Avec son unité, il est chargé d’évacuer Dunkerque. De 1940 à 1945, il sert dans les services secrets et reçoit le grade de colonel. 1950, il ouvre une galerie d’art au 5 rue des Beaux-Arts. Y sont présentés de jeunes peintres abstraits comme Hartung, Poliakoff, Wols…Deux titres d’exposition résument les tendances de la galerie : les peintres américains en France et 30 peintres de la Nouvelle Ecole de Paris. Il ne sacrifie pas pour autant son activité photographique qui, au contraire, à ce moment là, prend un nouvel essor. Sa qualité de galeriste l’amène à rencontrer des artistes auxquels il aime rendre visite, armé de son Rolleiflex. De ce rituel, qui deviendra quasi quotidien, naîtra une merveilleuse série de portraits d’artistes. |
Il nous offre des images fortes, énigmatiques, comme par exemple l’un des plus célèbres portraits de Jean Dubuffet devant sa toile Les barbes. Il fréquente assidûment le milieu encore très discret des clubs de photographes et en particulier le club des 30 x 40 créé par Roger Doloy en 1932. Il se lie d’amitié avec de jeunes photographes qui seront les grands de demain. Il leur rendra hommage à l’occasion du Salon d’Avignon une dizaine d’années plus tard. La photographie est un domaine vaste auquel Craven n’entend pas mettre de limite. Sans hésitation, il franchit les frontières qui séparent le milieu artistique du milieu industriel, les explorant avec génie. Dès 1950, il photographie les raffineries BP de Dunkerque et de Lavéra, qu’il qualifie de cathédrales, ainsi que le super pétrolier « Cheverny ». En 1956, il présente sur les cimaises de sa galerie un ensemble de ces clichés titrés Le fantastique monde du pétrole, avec une préface de Jean Giono. En 1971, il inaugure la Galerie Arts Contacts rue du Colisée avec 120 peintres et sculpteurs. En 1973, il ouvre une nouvelle galerie rue de Messine où il organise l’exposition Jazz Girls regroupant 50 artistes dont Arman, Christo, Alan Davies, Monory. La crise des années 70 lui sera fatale. En juin 1975, il présente sa dernière exposition : Face à Face Art Primitif Art d’aujourd’hui , confrontant des sculptures de Côte d’ivoire, du Nigeria, du Cameroun, à une sélection d’œuvres d’Avril, Klasen, Saint Cricq… En 1978, il doit se séparer de sa galerie et se replier dans son appartement de la rue Kleber. Il se consacre alors à l’écriture et à la photographie en prévision de l’édition de Made in France préfacé par André Pieyre de Mandiargues. L’ouvrage restera au stade de maquette. Craven finalise cependant le recueil de photographies « Le Boulevard des italiens », consacré au bâtiment du Crédit Lyonnais à Paris. Celui qui déclarait : « il ne s’agit pas de défendre le passé, il faut être amoureux du présent et audacieux du futur » quitte la scène, terrassé par une crise cardiaque le 26 décembre 1981. Un hommage à John Craven, intitulé Un œil du XXème siècle est organisé à la Maison du Tourisme d’Auxerre en 1984, puis à l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, en 1985 |